Grandeur et décadence de l’industrie du papier par Renaud Joubert

Parcourir la Charente chaque jour pour rendre compte de l’actualité du département: à force de travailler autour de cette idée fixe depuis quinze ans, Renaud Joubert pouvait prendre le risque de tourner en rond. Cette exposition « Grandeur et décadence de l’industrie du papier » consacrée au patrimoine de l’industrie papetière charentaise montre une fois de plus que le photographe originaire de Villejésus a plus d’un tour dans son sac.
Cette fois, il plonge au cœur de ce qui est tellement présent qu’on ne le voit plus en même temps qu’il met en lumière ce qui s’efface de nos yeux pour éviter que ces friches disparaissent de notre mémoire. Les maisons de maître comme les mètres carrés d’usine désaffectés se répondent avec cette capacité de trouver la bonne distance pour garder une part de mystère et d’imaginaire sur ce qui pouvait bien se passer derrière ces hauts murs de l’âge d’or charentais. On imagine le bruit industriel et coloré derrière les images en noir et blanc, comme on s’invente un monde de silence et de discrétion caché derrière les couleurs de ces augustes demeures.
Si le cognac demeure aujourd’hui l’ambassadeur de la Charente dans le monde mais n’oublions pas que le papier le fût tout autant du XVIe au XXe siècle. Les immenses cheminées de briques dressées dans le paysage d’Angoulême, comme les sentinelles d’un trésor disparu. Des moulins et des usines aux vocations oubliées qui s’égrainent sur les bords de nos cours d’eau. Des maisons bourgeoises aux architectures flamboyantes. C’est tout ce patrimoine qui témoigne de la grandeur de l’industrie du papier.
C’est en réalisant les prises de vue pour le livre « Moulins et demeures de papetiers » aux Éditions Sud-Ouest que Renaud Joubert a imaginé cette exposition aux deux ambiances. Une première partie dans un style urbex, composée de clichés noirs et blancs pris en intérieur dans des lieux de production aujourd’hui éteints, à l’exception du Moulin du Verger, traduisant les illusions perdues de cette industrie. Une seconde en couleur où l’on découvrira les magnifiques maisons patronales construites, le plus souvent, aux abords de ces sites de production, symbole de l’abondance et du faste de cette époque.
Il y a forcément un peu de nostalgie, une peu de ces souvenirs d’on ne sait quoi, à aller cherche dans le cœur des photos de Renaud Joubert. C’est tout son talent que de permettre à chacun des visiteurs de se raconter ses propres histoires derrière la grande que racontent ici ces instantanés d’un passé qui a besoin de se réinventer. Bon voyage à chacun et bon retour vers le futur !